Édition du vendredi 05 octobre 2007

Quand la place du Vally faisait la foire

Longtemps, cette grande esplanade a disputé à la place du Centre le titre de quartier le plus animé.

Pour rester en forme à 81 ans, Aimée Dugain se balade dans ce quartier qu'elle habite depuis 1949. Patiemment elle se remémore... La cohue des jours de foire, des charrettes, des vélos, comme autant de souvenirs qui se bousculent et qui déferlent sur la grande place. Foire des rameaux, aux chevaux ou à la volaille, grands marchés. « Toute la région débarquait sur la place puis se retrouvait dans les cafés ».

Doucement, Aimée énumère les cafés qui existaient, elle en compte douze installés sur la place ou dans les rues adjacentes. Combien de commerçants et de fermiers a-t-elle pu servir dans son bistro repris en 1966 rue du grand Trotrieux ? L'ancienne affaire de sa belle-mère vivait au rythme des grands rassemblements. « Tous les samedis, les éleveurs de cochons venaient marchander le prix des bêtes autour d'une bolée de cidre ou d'un petit verre de rouge ». La place du château est même rebaptisée place aux petits cochons. Sur les remparts, des anneaux avaient été installés pour attacher les chevaux.

Aimée raconte et on croirait entendre le brouhaha enfumé des conversations, des difficiles marchandages, de l'odeur des quelques plats servis. Soupe, ragoût, parfois une tranche de rôti quand les affaires ont été bonnes. Souvent, on venait aussi pour s'amuser sur la grande étendue en terre battue parfois un peu boueuse de la place. Le premier week-end de juillet, les forains s'installaient pour le Pardon de Guingamp. « Après la guerre tout le monde avait envie de faire la fête et c'est ici qu'ils venaient ». Temps d'insouciance, où l'on reprend goût à la vie. Le cinéma l'Armor (rebaptisé depuis Les baladins) faisait salle comble.

Au fil du temps, la place a changé, les rires d'enfants ne viennent plus de chez les soeurs Saint-Vincent de Paul, qui gardaient les jeunes filles durant les vacances, mais de la piscine municipale. Les jeunes qui se promènent ne viennent plus des fermes alentour mais des salles de classe de Pavie. Les deux bâtiments ne semblent pas gêner Aimée. « C'était le seul endroit où construire le lycée et la piscine. » Mais les élèves savent-ils qu'à la place de leur cour de récréation elle voyait paître des vaches ? Deux grandes propriétés s'étendaient ici, les jardins ont été morcelés, les maisons abattues pour laisser la place au béton. Les voitures ont remplacé les charrettes et à l'endroit du cinéma muet que fréquentait son frère s'est installé le garage Ford.

Aimée, plutôt amusée de tous ces changements, continue de se balader dans son quartier comme elle se promène dans les souvenirs sépia de la place du Vally.

Prochain et dernier rendez-vous aérien demain avec le quartier de la rue de la Trinité. Retrouvez aussi vos quartiers sur www.guingamp.maville.com

Ouest-France

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