Édition du lundi 01 octobre 2007

Place du Centre, bat le coeur des Guingampais

Sa place, elle la connaît par coeur. Cette Guingampaise y est née il y a près de 80 ans.

« La place du Centre ? J'y suis née et j'y habite depuis près de quatre-vingts ans. » Cette « vraie » guingampaise, qui souhaite rester anonyme (et que certains reconnaîtront peut-être), est intarissable lorsqu'on lui parle de « sa » place. Son regard s'illumine à l'évocation de ses souvenirs de jeunesse, avant-guerre. « Chaque soir, nous étions une dizaine d'enfants à jouer sur la place. On se prêtait nos vélos. Qu'est ce qu'on rigolait ! » Pépé Lalauze, le fils du bistrot Lalauze marque particulièrement sa mémoire. « Un jour, il avait même peint le visage d'un de nos amis au minium, un produit utilisé contre la rouille pour les grilles protégeant les arbres. »

Une place qui, mis à part les péripéties infantiles, respirait la tranquillité. « Aucune voiture à cette époque, les anciens venaient s'asseoir paisiblement sur les bancs publics. » Un calme pourtant interrompu par le rappel à l'ordre parental au moment du coucher. « On remontait immédiatement. La condition, si on voulait y retourner le lendemain. » La vie était plus stricte. « Nous achetions un pain de campagne par jour pour toute la famille à la boulangerie Traouder, remplacée par le magasin Bréal. » Elle se souvient aussi que « la pâtisserie Martinet faisait les meilleurs gâteaux de Guingamp ». Elle salive encore à l'évocation des macarons aux chocolats blanc et noir. « Les boutons de culotte du dimanche » rigole-t-elle.

L'école était aussi plus conventionnée. Les filles portaient des sarraus. Un dérivé du tablier mais avec boutonnage par l'arrière. La marchande de tablier avait son commerce en lieu et place de l'actuel marchand de chaussures à l'angle de la rue du Cosquer. « Je n'avais qu'un seul sarrau donc je me changeais en rentrant le soir pour le garder propre pour le lendemain. » Les anciens bains-douches marquent également sa mémoire. « Pour y aller on prenait un couloir à côté de la Banque Populaire (Eram aujourd'hui). Nous devions prendre notre bain chaque samedi soir. On n'y échappait pas ! » Une époque heureuse, « on chantait tout le temps ». Le manque de moyens n'empêchait pas les petits plaisirs occasionnels. « Plutôt que les bonbons, lorsqu'il me restait un peu d'argent de poche, je filais à la librairie (actuelle boutique d'En Avant) pour m'acheter des fournitures d'école. » L'enfant du pays reste particulièrement attachée à sa place. « La mairie était même installée ici. À la place des huissiers ». Tout était à disposition : la polyclinique, l'épicerie fine, la pharmacie, la boucherie, le magasin de vêtements et même un marchand de chapeau. Le marché du samedi, avec ses étales pléthoriques, était lui aussi incontournable. « On y trouvait du beurre, des oeufs, des poulets, des canards, des lapins ! Vivants ? Évidemment ! » La place du Centre représentait incontestablement le coeur d'une ville qui battait au rythme de ses animations. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la dérobée finale de la Saint-Loup s'achevait chaque mois de septembre sur la place. Un lieu autrefois réservé aux piétons et aujourd'hui transformé en parking. Son seul regret peut-être !

Prochain rendez-vous aérien demain avec le quartier du Roudourou.

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Ouest-France

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